La petite chambre, une ode à la vie qui séduit le public des cinéphiles à Locarno
Le 63e Festival international de Film de Locarno a éteint ses projecteurs ce samedi. Aucun prix n’a été accordé au film La petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond. Toutefois, ce premier long-métrage de fiction des deux jeunes réalisatrices lausannoises, présenté en compétition internationale, a reçu un accueil triomphal du public des cinéphiles. L’espoir de vie qui renaît sur fond d’une mort inéluctable, est-ce un thème trop banal pour être salué par les différents jurys de Locarno ?

Une vie qui s’est éteinte avant de voir le jour, une vie longue qui touche à sa fin non sans résistances. La petite chambre est l’histoire de la rencontre entre Rose, infirmière à domicile, et Edmont, un vieillard révolté, trop vif d’esprit pour se laisser enfermer dans une maison de retraite, « l’antichambre de la mort » que la société occidentale réserve à ses vieux. Pour Rose, dont le bébé est mort-né, l’avenir est compromis. Elle n’arrive pas à faire le deuil de ce vécu tragique et vit dans un monde refermé sur son chagrin. Le jeu de l’actrice Florence Loiret Caille exprime à merveille l’absence de perspective et de vie qui l’enferme dans une douloureuse solitude. Edmont, veuf depuis longtemps, vit seul dans son appartement et voit ses forces immanquablement diminuer. Lorsque son fils, sur le point d’émigrer aux Etats-Unis, veut mettre son vieux père dans une maison de retraite, Rose s’enfuit avec lui et l’accueille clandestinement à la maison. Petit à petit naît entre ces deux êtres, confrontés chacun à sa manière aux limites de l’existence, une relation de confiance pleine de complicité, de tendresse et d’humour. Grâce à Edmond, rôle magnifiquement interprété par Michel Bouquet, Rose peut enfin se confronter à la réalité de la mort de son enfant. Lorsqu’il décide d’installer son lit dans « la petite chambre » de l’enfant, le lourd silence qui y règne est brisé. Dans leur rencontre peu commune, les deux personnages parviennent à apprivoiser la mort et, finalement, à l’accepter.
Au rythme harmonieux du film, Rose avance sur son chemin de deuil, tandis qu’Edmont – mission accomplie – entreprend son dernier voyage pour rejoindre son épouse tant aimée.
Bien qu’ovationné par le public de Locarno – à la troisième représentation, 300 personnes n’ont pas trouvé entrée dans la salle du Rialto –, La petite chambre n’a pas séduit les jurys. Depuis quelques années, la fascination pour les films asiatiques et leur lenteur légendaire l’emporte avec l’attribution du léopardo d’oro au film chinois Han Jia (Winter Vacation) de Li Hongqui en 2010, She, a Chinese de Xialou Guo en 2009 et encore Ai no yokan de Masahiro Kobayashi en 2007. Certes, la concurrence est forte, mais La petite chambre aurait mérité au moins une mention, celle du Jury œcuménique par exemple, pour le regard tendre que ce film pose sur la fragilité de l’existence, dans une société mondiale qui se croît éternellement jeune et immortelle.
Les productions asiatiques éclectiques primées à Locarno n’ont que peu de chance d’être distribuées et restent inaccessibles au public. Heureusement, La petite chambre arrivera dans les salles de cinéma romandes en automne 2010. Sans aucun doute, le public tombera sous le charme de cette belle leçon de vie.
Martina Schmidt
Pain pour le prochain
17.08.10
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