Interview avec Rev. Dr. Tolbert JALLAH

Rev. Dr. Tolbert Jallah est le Secrétaire-Général de la FECCIWA, la fédération des églises en Afrique de l’Ouest, dont Pain pour le Prochain est le partenaire depuis 2002.

« La sensibilisation à la corruption doit commencer dans les familles, les écoles et les communautés »

La corruption fait perdre aux pays d’Afrique occidentale des milliards de dollars US chaque année. L’accès de la population aux aliments, à la santé et à l’eau s’en voit considérablement entravé. Tolbert Jallah, le secrétaire général de la FECCIWA évoque les campagnes de lutte contre la corruption que cette dernière a menée dans six pays africains à l’aide de Pain pour le prochain.

De quelle manière la corruption touche-t-elle l’Afrique de l’Ouest ?

La corruption affecte les pays de l’Afrique de l’Ouest de multiples manières. La corruption a privé les peuples africains de l’accès à l’alimentation et aux services de base (santé, eau et électricité). Ceci est du au fait que certaines représentants de l’Etat dans nos pays ont détourné de grandes sommes d’argent qui étaient destinées à l’agriculture et aux services de base. La corruption a aussi touché le système judiciaire : les riches peuvent acheter les juges et les pauvres deviennent ainsi plus vulnérables aux injustices. La corruption s’est ainsi institutionnalisée dans nos pays.

Comment la corruption touche-t-elle les jeunes et l’éducation ?

Les jeunes africains, qui seront les leaders de demain, sont particulièrement touchés par la corruption, car leurs écoles sont vides, les enseignants ne sont pas présents, et il n’a y pas de livres. Les étudiants achètent de bonnes notes aux enseignants avec de l’argent. Ou alors les enseignants demandent des « services sexuels » aux étudiantes. Des adolescentes tombent enceintes ou sont infectées par le VIH. Certaines filles-mères doivent quitter l’école et se retrouvent à la rue. Ces pratiques de corruption nuisent fortement à la qualité de l’éducation.

Quels sont les montants en jeu quand on parle de corruption ?

Ce sont des milliards de dollars qui s’échappent chaque année des pays africains. Cet argent volé est placé dans des banques américaines, européennes ou suisses. Les gouvernements du Nord sont lents à mettre en place des mesures visant à stopper ce flux d’argent volé.

Comment sensibiliser les gens sur le problème de la corruption?

Il faut avoir une forte volonté politique. Et toutes les institutions dans la société doivent soutenir des valeurs de transparence et d’honnêteté. Les églises surtout doivent avoir ces valeurs morales. Les pays doivent mener des actions contre la corruption. Par ex. mettre en place une Commission nationale contre la corruption. Selon moi, les familles doivent être le début de la sensibilisation contre la corruption. Il s’agit de changer les attitudes et comportements dans la famille, dans les écoles et dans les communautés.

Quels ont été les succès de la Campagne des Ecoles sans Corruption de la FECCIWA ?

En 2002, quand la FECCIWA, avec le soutien de Pain pour le Prochain, a commencé sa campagne anti-corruption dans les écoles, le sujet de la corruption était tabou, les gens avaient peur de parler de la corruption. La FECCIWA a été capable de mettre en place la campagne dans six pays d’Afrique de l’Ouest.

La campagne de la FECCIWA a eu le grand mérite de réunir des étudiant/es, des enseignant/es, des parents, des ONG, des représentant/es des Ministères de l’Education afin de travailler ensemble contre la corruption.

Un Code de Conduite a été écrit et publié en français et en anglais. Chaque année de nombreuses séances de sensibilisation sont organisées et des milliers de copies du Code ont été distribuées aux élèves, aux parents et aux enseignants.

Enfin, de nombreux « Clubs d’étudiants contre la corruption » ont été créés dans les écoles. Ces Clubs organisent des débats, des théâtres, des chansons ou des sketches afin de dénoncer les méfaits de la corruption.

YM, 20.05.2010.